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Rythmes scolaires : les lycéens pourront-ils dormir plus ?
La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, veut faire commencer les cours des lycéens à 9 heures au lieu de 8 heures.
LES ADOLESCENTS qui peinent à s’arracher la tête de l’oreiller le matin viennent de trouver une alliée de poids : la science. Des chercheurs de l’université de Washington (Etats-Unis) ont suivi des lycéens de Seattle dont le début des cours est passé de 7 h 50 à 8 h 45 de 2016 à 2017. Résultat : de meilleures notes, ainsi qu’une baisse des retards et de l’absentéisme.

L’idée emballe la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse (LR). Elle demande au ministre de l’Education nationale de pouvoir faire débuter les cours dans les lycées franciliens à 9 heures au lieu de 8 heures. Dimanche, Jean-Michel Blanquer s’est dit « très ouvert » à une expérimentation. Une heure de plus qui pourrait changer beaucoup de choses. « 30 % des adolescents dorment moins de six heures par nuit en période scolaire, souligne Sylvie Royant-Parola, spécialiste du sommeil et présidente du réseau Morphée, qui se penche sur les nuits de la jeunesse. Toutes les études montrent qu’il leur faudrait entre huit et neuf heures pour être en forme le lendemain. »

Des zombies le matin



« Cette heure de début de cours n’aide pas les élèves français à rattraper le retard qu’ils ont sur ceux d’autres pays, poursuit François Testu, chronopsychologue. Ils sont plus énervés, et l’efficacité pédagogique de cette première heure de cours est amoindrie. » « Dans des lycées professionnels, certains arrivent comme des zombies, et on les met sur des machines dès 8 heures, souligne la chronobiologiste Claire Leconte. C’est assez dangereux. »



La communauté scientifique décrit un cercle vicieux. Juste avant l’heure du réveil, vers 6 heures ou 6 h 30, les jeunes sont plongés dans le dernier cycle de leur nuit, le plus chargé en sommeil paradoxal. Problème : « C’est là où notre corps se repose mais où notre cerveau travaille et assimile ce qu’il a appris la veille, décrit Claire Leconte. Il faut absolument préserver ce sommeil. »

Attention aux écrans


Alors, suffirait-il de lever les lycéens une heure plus tard pour avoir des ados moins fatigués et aux meilleures notes ? Cela aiderait, mais pas seulement. « Par nature, l’horloge biologique des ados est perturbée et est décalée au moins d’une heure à cause de l’action des hormones pendant la puberté, souligne Claire Leconte. Mais il ne faut pas accentuer ce phénomène avec une exposition aux écrans, dont la lumière retarde l’endormissement. » « Si commencer les cours à 9 heures amène à ce que les élèves se couchent une heure plus tard, ça déplacera juste le problème », développe Sylvie Royant-Parola.

Autre point : la difficulté des jeunes à soutenir leur attention lors des longues journées de cours. « Quand on a une classe de 17 heures à 18 heures, on sait que cela va être difficile parce que les élèves peinent à suivre », souligne Frédérique Rolet, secrétaire général du syndicat d’enseignants Snes-FSU.

Les chronobiologistes plaident aussi en faveur d’une multiplication des journées de cours, pour raccourcir l’amplitude horaire quotidienne au lycée. « Faire juste commencer les jeunes une heure plus tard ne répond qu’à une partie du problème, lance François Testu. Il faut alléger les programmes et réfléchir aux heures où l’on prévoit les cours. Par exemple, éviter de lancer la journée avec des activités d’intense réflexion. »

Romain Baheux



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Par Le Parisien - Le 10.01.2019